Date : juin 1993.
Heure : 16H00.
Lieu : une ville de province (300 000 habitants).
Zoé - deux ans et demi - est assise sur les genoux de sa maman pour sa leçon quotidienne de vocabulaire : cet exercice, de pédagogie élémentaire, consiste à mettre des mots sur des images, à définir des objets. Il est utile de préciser que c'est l'enfant elle-même qui exige cette épreuve journalière : car Zoé veut déjà identifier, avec une détermination peu commune, l'univers qui l'entoure.
- Tu vois Zoé, ça, c'est un immeuble.
- Oui maman, un immeube.
- Pas un immeube, un immeuble.
- Oui maman, un immeuble.
Ce jour-là, l'exercice va prendre une dimension quasi métaphysique quand apparaît sur le livre d'images... une toupie !
- Et ça, Zoé, c'est une toupie.
Alors l'enfant exulte et lève aussitôt les bras :
- Ah oui, c'est la toupie qui va dans l'ciel !
Maman ne comprend pas, rectifie, corrige, finit par s'emmêler et finalement promet à Zoé l'achat d'une toupie : ce sera la meiilleure des démonstrations, n'est-ce pas ?
Alors Zoé s'entête, trépigne, s'offense, s'indigne et commence à parler d'elle à la troisième personne :
- Mais maman, Zoé elle a vu la toupie !!! Et la toupie, elle va dans l'ciel ! ! !
Maman, enfin, commence à pressentir quelque chose ; et elle pose à Zoé la bonne question, l'excellente question :
- Montre à maman, ma chérie, comment elle a fait la toupie...
Alors Zoé lève son petit bras, le monte presque au zénith et lentement, très lentement - avec une infinie précaution - dessine en abaissant son doigt une ligne brisée, s'arrête à mi-hauteur, marque un temps d'arrêt, et tout aussi lentement, avec une application identique, elle reprend le même mouvement géométrique, mais cette fois dans le sens de bas en haut.
Zoé, deux ans et demi, vient de dessiner dans l'espace la célèbre 'descente en feuille morte' sur laquelle planchent - depuis cinquante ans - les ufologues du monde entier.
Cela ne vous rappelle rien ? <<Le royaume des cieux appartient aux petits enfants et à ceux qui leur ressemblent>>.
Commentaires (1)
1. Patricia 10/01/2009
Ce texte m'a fait frissonner, la magie de l'enfance et la force de la sincérité innocente "laissez venir à moi les petits enfants..."
Merci Mahdi et bonne continuation